La combinaison « Sport santé nutrition bien-être », représente aujourd’hui un véritable enjeu de société. Très investie dans l’accompagnement des professions libérales dans ce marché en plein essor, Bénédicte Bury, avocate, ancien membre du Conseil national des barreaux, présidente de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) IDF, vice-présidente de l’Union des entreprises de proximité (U2P) IDF, a répondu aux questions d’Onlib’ Infos, magazine d’INTERFIMO sur les politiques publiques mises en place depuis plusieurs années et l’implication des professionnels libéraux, portés par la dynamique olympique pour servir les ambitions d’intérêt général.

Avant de parler plus spécifiquement des professions libérales, que pouvez-vous nous dire sur l’évolution des politiques publiques en matière de sport et de nutrition ?

L’amélioration de la santé de la population au quotidien est au cœur de nombreuses stratégies nationales et régionales aujourd’hui « boostées » par la dynamique olympique.

Le Comité International Olympique (CIO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont lancé, en novembre 2022, un programme conjoint sur 3 ans visant à renforcer la contribution du sport à l’objectif mondial qui entend réduire de 15 % la sédentarité d’ici 2030.

Ce programme fait partie de la stratégie Olympisme365, pour renforcer le rôle du sport en tant qu’activité importante pour atteindre la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) fixés par les Nations Unies.

Il est présenté comme un « élément clé du portefeuille « sport, santé et communautés actives » d‘Olympisme365 », afin d’accroître l’accès des populations à une pratique sportive sûre, inclusive et bénéfique pour la santé pour mettre le sport au service de la santé mentale et du bien-être.

La Stratégie Nationale Sport Santé 2019-2024, s’inscrit dans la perspective des jeux olympiques et paralympiques. Au-delà de l’évènement il tend à « Améliorer l’état de santé de la population en favorisant l’activité physique et sportive de chacun, au quotidien, avec ou sans pathologie, à tous les moments de la vie ».

Le nombre d’inactifs ne pratiquant aucune activité a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. Au-delà du sport performance, la stratégie comporte deux axes principaux : la promotion de la santé et du bien-être par l’activité physique et sportive et le recours à l’activité physique adaptée à visée thérapeutique.

De surcroit, les professionnels libéraux participent pleinement au renforcement et à la diffusion des connaissances, autre axe majeur de la Stratégie.

Créé en 2019 et bientôt renouvelé pour cinq nouvelles années, le groupement de recherche (GDR) « Sport et activité physique » a pour mission de favoriser les échanges entre les scientifiques du CNRS, les partenaires académiques, les entreprises et autres parties prenantes dans le domaine des sciences du sport. Le GDR tenait le 6 décembre 2023 un colloque-bilan.

Pour Vincent Nougier, directeur du GDR, la dynamique olympique constitue « un tremplin pour promouvoir le sport santé et une culture, non pas seulement sportive, mais de l’activité physique au quotidien ». Partageons cet optimisme.

Mentionnons également le Programme National Nutrition Santé (PNNS) 2019-2023 conduit par le ministère de la Santé et de la Prévention avec, pour objectif, l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population « en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs : la nutrition ».

L’objectif poursuivi est celui de promouvoir une alimentation favorable à la santé, la pratique au quotidien de l’activité physique et la diminution de la sédentarité en prenant en compte les dimensions culturelles et environnementales afin de réduire aussi les inégalités sociales constatées dans le domaine de la santé.

De quelle façon travaillez-vous sur ce sujet au sein de l’UNAPL ?

L’UNAPL IDF et son organisme de formation l’ORIFFPL IDF s’inscrivent dans cette dynamique globale par la mise en place d’un programme Sport Santé Nutrition Bien-être avec des professionnels libéraux engagés dans cette démarche d’information, de formation et d’accompagnement : médecins, nutritionnistes, enseignants et coach sportifs, sophrologues, diététiciens, etc.

Des professionnels libéraux, soignants et sportifs de haut niveau, ainsi que des professionnels de santé bien-être et nutrition accompagnant spécifiquement les sportifs, seront invités à s’exprimer, ainsi que les professionnels libéraux qui accompagnent au quotidien leurs patients, clients en vue de l’amélioration de leur condition physique, leur santé mentale, leur bien-être.

Il s’agit aussi, pour nous, d’accompagner l’installation de ces professionnels libéraux et leur développement, par exemple pour l’acquisition de compétences complémentaires, la nutrition pour des professionnels de santé, bien-être, ou des professionnels du sport ou leur choix d’un exercice individuel au sein de structures pluriprofessionnelles.

Les structures pluriprofessionnelles de proximité sur ce marché Sport Santé Nutrition Bien-être, sont en fort développement. Quels sont les enjeux ?

Leur création répond autant à un souhait de professionnels libéraux d’exercer individuellement sans être isolé, que de parvenir à lutter contre la désertification médicale, enjeu majeur de santé publique et, plus largement, des prestations de sport santé nutrition et bien-être.

Il s’agit aussi et notamment d’offrir aux patients et clients un accès facilité à un ensemble de prestations complémentaires. Cela permet également le développement de tiers lieux au service de la santé et du bien-être des professionnels eux-mêmes, condition d’un exercice serein et de qualité.

Enfin, ces structures permettent également dans cette évolution pour une santé de proximité de favoriser la coordination des acteurs de santé, de prévention et d’éducation à la santé et plus largement au sport santé nutrition et bien-être sur les territoires.

Au-delà de l’objectif d’intérêt général, qu’apportent ces structures aux professionnels libéraux dans leur façon de travailler ?

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), par exemple, regroupent des professionnels de santé de ville, libéraux ou salariés, des établissements de santé, des acteurs de la prévention ou de la promotion de la santé, d’établissements et/ou de services médico-sociaux souhaitant se coordonner sur un territoire afin de fluidifier le parcours de soin des patients.

Les CPTS se déploient rapidement (450 en 2019, 756 en 2022) et la couverture territoriale progresse (68 % de la population couverte fin 2022).

Un rapport du ministère de la santé destiné à établir un état des lieux des CPTS (Rapport « Tour de France des CPTS », 28 juin 2023) précise dans sa conclusion que « les professionnels de santé de l’ambulatoire, jusqu’à présent peu visibles du fait de l’absence d’organisation, se sont emparés de ce modèle, créant de véritables collectifs, en lien avec les autres acteurs du territoire. Les professionnels manifestent leur satisfaction, et témoignent de l’apport en termes de collectif, de sortie de l’isolement, d’attractivité du territoire et de l’exercice. Les CPTS ont montré une nouvelle vision, réellement partenariale, de la relation entre ARS, assurance maladie et professionnels de santé libéraux. »

Autre exemple, celui des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP), introduites en 2007 dans le code de la santé publique et qui regroupent plusieurs professionnels de santé dans des locaux communs où les membres mettent chacun en œuvre un projet de santé de manière coordonnée.

Ces maisons connaissent un fort développement avec déjà 2 251 maisons en fonctionnement recensées en mars 2023 et un objectif de 4 000 maisons de santé en France.

Depuis 2019, les métiers du sport et de la santé peuvent également collaborer au sein des « Maisons Sport Santé ». L’interaction entre médecins et professionnels du sport est-elle satisfaisante ?

Les Maisons Sport Santé (MSS) sont un bel exemple d’intégration de l’offre d’activité physique adaptée à but thérapeutique dans les parcours de soins.

L’objectif est d’inciter à la collaboration des professionnels du sport et de la santé qui travaillaient peu ensemble et de contribuer au maillage territorial, notamment dans les territoires en géographie prioritaire.

Ces Maisons ont obtenu une reconnaissance légale et un encadrement par la loi du 2 mars 2022 de démocratisation du sport dans le code de la santé publique, nouveau dispositif phare de la Stratégie nationale sport santé 2019-2024.

Elles ont pour but d’accompagner et de conseiller les personnes souhaitant pratiquer ou reprendre une activité physique et sportive à des fins de santé, de bien-être, quel que soit leur âge, leur état de santé ou de fragilité, notamment celles pour lesquelles une activité physique adaptée est prescrite et « contribuer au virage vers la prévention, en amenant à la pratique régulière d’une activité physique et sportive les publics les plus éloignés ».

Une enquête de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) publiée en juin 2023 (Maisons sport-santé : l’émergence et la structuration d’un nouvel instrument d’action publique, juin 2023) indique que « la définition du sport santé reste suffisamment flottante pour permettre de réunir des acteurs du champ sportif, du champ médical, et des acteurs institutionnels. »

Une autre enquête, publiée en juillet, identifie toutefois des obstacles dans la collaboration interprofessionnelle avec des incompréhensions dans les manières de travailler des uns et des autres et une certaine difficulté de dialogue, entre les médecins « dotés de savoirs médicaux et certifiés après des trajectoires d’études longues, qui posent le diagnostic sur l’état de santé des populations » et les éducateurs sportifs ou enseignants en activité physique adaptée (APA), « dotés quant à eux de savoir-faire pédagogiques et de formations plus courtes » (Les Maisons sport-santé : des enjeux de coordination, de légitimation et de financement, juillet 2023).

Un travail de légitimation et d’explication de ce que recouvre concrètement la catégorie d’action publique « sport santé » est donc encore nécessaire, mais il n’en reste pas moins que le modèle marche !

Plus de 500 Maisons Sport Santé sont aujourd’hui déployées partout en France et ont permis d’accompagner près de 400 000 personnes. Par ailleurs, pour 2024, l’État s’est engagé à un soutien financier de 12 M€.

Il faut également parler des Centres de santé bien-être (CSBE), autre illustration de lieux pluriprofessionnels « Sport santé nutrition bien-être » en développement, dans lesquels les professionnels libéraux peuvent exercer. Certains (CSBE) regroupent par exemple dans un CHU des thérapeutiques non médicamenteuses adaptées aux pathologies chroniques… des espaces santé bien-être sont également développés pour les professionnels qui travaillent pour la santé des patients.

De manière générale, ces structures n’étant pas les seules, la réussite de ces initiatives est vraiment facilitée par l’intervention d’autres professionnels, notamment libéraux, non seulement pour l’architecture des lieux et leur aménagement, mais aussi l’architecture juridique, l’architecture organisationnelle de coordination de soins de proximité, l’architecture économique et financière incontournable.

La recherche d’un modèle économique et de financements, notamment bancaires, est importante et Interfimo, par exemple, y contribue.

Parmi les conditions de succès, la coordination et l’ancrage territorial sont-elles déterminantes ?

Ces actions et projets « Sport santé nutrition bien-être », à très fort impact social par essence, permettent, dès leur conception, d’associer les acteurs du territoire dans une démarche de responsabilité sociale contributive, afin de tenir compte pleinement des besoins en organisant une concertation et un dialogue avec les parties prenantes internes et externes, acteurs publics, entreprises de proximité en vue de les associer aux choix d’orientation les plus respectueux des enjeux sociaux et environnementaux.

Concrètement, pourriez-vous nous donner une illustration afin de mieux appréhender cette réalité ?

Par exemple, une communauté d’acteurs, d’entreprises de proximité, de la santé, nutrition, alimentation, restauration agit auprès et avec la population vers une alimentation durable, plus saine et viable.

Les diététiciens et nutritionnistes sont considérés comme des facilitateurs en mettant en œuvre des mesures de santé publique, des recommandations alimentaires mais plus encore, grâce aux audits et conseils en alimentation et hygiène alimentaire, à l’élaboration de recettes pour des structures de restauration notamment collectives.

La Journée mondiale du climat le 8 décembre dernier a permis aux professionnels du secteur d’expliquer l’influence réciproque du climat et de la nutrition.

Pareillement, dans le cadre du Programme national pour l’alimentation (PNA), des projets fédérateurs et structurants « vers la Stratégie nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat » bénéficieront d’un accompagnement.

L’exemple des maisons de santé me parait aussi très pertinent à raison de l’attention portée au projet architectural de la construction et la préoccupation pour sa conduite, objet d’un guide de recommandations architecturales réalisé par la région Pays-de-la-Loire, l’ARS, l’Association pour le développement de l’exercice coordonné pluriprofessionnel (APMSL) et l’Union régionale des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE).

Tout est parti d’un partenariat entre la collectivité territoriale et les professionnels de santé permettant la compréhension des enjeux et l’écoute des besoins. Pour la conception et la qualité de la réalisation, c’est le dialogue et la concertation élargies sans doute aux architectes, entreprises du bâtiment, maître d’ouvrage avec la conscience partagée de ses obligations sur la maîtrise environnementale et la poursuite d’un objectif d’impact sur la santé et le bien-être.

En effet, comme le précise Gilles Leroy, Président de l’URCAUE, « la santé n’est pas la seule affaire des médecins, elle est aussi celle des maîtres d’ouvrages, publics et privés, des professionnels aménageurs et constructeurs de notre cadre de vie quotidien car notre santé passe d’abord par un environnement sain et durable ».

Ces projets, au plus près de chacun, sont l’occasion d’une appropriation collective puisque l’affaire de tous, et engagent la communauté territorialement pour l’avenir.

L’UNAPL IDF s’inscrit dans ce mouvement via des informations, formations et rencontres développées au sein de son Club pour soutenir les projets innovants et pérenniser leur implantation.

Lien vers l’article paru sur Onlib Infos

En savoir plus

Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) en Ile-de-France

En mars 2023, 73 CPTS sont en fonctionnement sur le territoire francilien. Cela représente une couverture de 7 910 029 habitants, soit 65% de la population francilienne : ARS : les CPTS en Ile-de-France
Au total, 119 projets sont recensés sur la région couvrant ainsi 95% de la population.
Retrouvez toutes les informations pratiques sur l’accompagnement proposé aux porteurs de projets CPTS (étude de faisabilité, diagnostic territorial, rédaction du projet de santé, financements et appui à la pérennisation) sur le portail PAPS Ile-de-France.

Les Maisons Sport-Santé en Île-de-France

Les Maisons Sport-Santé sont un outil d’égalité des chances et d’accès au droit de la santé par le sport. Retrouvez les 42 Maisons Sport-Santé présentes en Île-de-France et les conditions pour y accéder.

Lien vers le site de l’Agence Régionale de Santé IDF

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