3 questions à Clara Huynh, professionnelle de conservation-restauration de patrimoine métallique

Clara Huynh, conservatrice-restauratrice à Paris (75) nous partage les raisons qui l’ont fait choisir son métier, des temps forts de son quotidien et ses projets pour l’avenir.

Chaque année, mi-octobre, sa profession est célébrée à travers l’Europe, lors de la « Journée Européenne de la Conservation-Restauration » à l’initiative de l’European Confederation of Conservator-Restorers’ Organisations. En savoir + : Fédération Française des Professionnels de la Conservation-Restauration (FFCR):

Entrevue filmée dans le cadre de notre série d’interviews 3 questions pour un professionnel libéral :

  1. Quelles sont les raisons de votre engagement dans la profession libérale choisie ?
  2. Quel est votre meilleur souvenir, une émotion forte de votre exercice professionnel ?
  3. Quel projet professionnel, quel développement nourrissez-vous aujourd’hui ?

Les professions libérales, ce sont les métiers de la vie, des professions à impact qui accompagnent les particuliers et les entreprises au quotidien avec proximité et humanité, de la naissance à la fin de leur existence, dans leurs réussites comme dans leurs difficultés.

En voici une belle illustration avec notre invitée du jour, Clata Huynh, qui nous confie d’emblée :

« On appelle parfois les restaurateurs des passeurs d’objets. L’idée, c’est de faire en sorte que les collections puissent être transmises aux générations suivantes. C’est un peu un honneur de pouvoir le faire»

Voir la vidéo portrait de Clara Huynh, conservatrice-restauratrice :

https://youtu.be/WfESk9omUps

Extraits choisis


Il y a une expression qui est assez jolie pour qualifier notre métier : on appelle parfois les restaurateurs des passeurs d’objets. L’idée, c’est de faire en sorte que les collections puissent être transmises aux générations suivantes. C’est un peu un honneur de pouvoir le faire.

La Conservation/restauration d’œuvres d’art.

On dit « conservation/restauration » parce que souvent, les gens ont l’image de l’intervention sur l’objet. Il y a eu un dommage ou un problème et on vient le réparer. Un aspect moins connu du métier, c’est la conservation préventive, qui permet d’éviter qu’il y ait des soucis qui arrivent. C’est intervenir sur tout ce qui est autour de l’œuvre, c’est à dire le climat, les conditions de conservation, les manipulations, etc… 

Donc, dans la conservation/restauration, ce qui m’intéresse et correspond bien à mon profil, c’est que ce métier est à la croisée des chemins entre, à la fois une pratique artisanale et manuelle, avec un apport assez important de chimie et ce qui a trait à l’histoire de l’art, l’histoire des techniques. C’est vraiment un triptyque, entre la partie plus pratique, la connaissance des pratiques de fabrication, des traces d’outils, etc, la connaissance des dégradations des matériaux et aussi de la chimie des produits qu’on emploie, et tout ce qui est histoire de l’art, contexte culturel, l’usage lié aux objets.

C’est vraiment une alliance étroite qui permet d’exercer ce métier. Cela me correspondait bien en termes de profil, ce qui n’est pas très courant en France puisqu’on a tendance à plutôt privilégier soit un profil « artistique » soit « scientifique ». En fait, rares sont finalement les métiers où, dès la formation initiale, on demande des profils un peu plus polyvalents, ou en tous les cas un peu plus mixtes.

Dans la formation initiale que j’ai suivie, il y a des cours de pratique des techniques, qui malgré un temps assez court (en effet on ne peut pas être formé à la gravure ou à l’émaillage sur métal en quelques jours), permettent de comprendre vraiment de manière pratique comment sont fabriqués les objets. Ainsi, on peut différencier ce qui est traces d’usage ou de fabrication, de ce qui est un accident éventuel. C’est très précieux parce qu’il faut qu’on travaille notre œil et notre connaissance afin de pouvoir vraiment bien identifier les objets et savoir, si cela relève de la trace de fabrication, donc une information sur l’objet, ou si c’est un accident.

La dimension intellectuelle est vraiment très intéressante. La comparaison avec la médecine est vraiment bienvenue dans le sens où on utilise vraiment le même procédé. D’ailleurs, même le vocabulaire utilisé est très similaire. On utilise les mêmes termes d’identification, de diagnostic, de proposition de traitement.

La première phase n’est pas du tout une phase d’intervention, c’est vraiment une phase d’analyse où l’on collecte des informations qui avec, les observations faites, le contexte de l’objet, le contexte d’exposition, l’histoire du musée, etc… vont orienter notre traitement. Il n’y a pas un traitement qu’on peut répéter à l’infini sur tous les objets, il n’y a pas qu’une seule solution. Chaque objet a une problématique spécifique et des réponses vraiment différentes..

L’aspect collaboratif est très important dans notre métier. En particulier, je suis spécialisée en métal, en objets métalliques, et c’est vraiment une spécialité qui nécessite de faire appel à plein d’autres compétences. Donc, je travaille très souvent en équipe. En effet, les objets métalliques sont souvent composites, et je travaille avec des autres restaurateurs spécialisés, par exemple en bois, en verre. On peut avoir tout un tas d’autres matériaux, matériaux synthétiques, etc.

 Ce sont des projets qui sont très intéressants et très stimulants.

Par exemple, en ce moment, un des gros chantiers sur lesquels on travaille, c’est la restauration de la Fontaine Stravinsky de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, à côté de Beaubourg. C’est très intéressant car il y a beaucoup de corps de métiers qui travaillent ensemble. Notamment, on travaille avec des ingénieurs pour la partie mécanique, avec des métalliers pour tout ce qui est réparation des parties abîmées. On travaille avec des restaurateurs spécialisés en matériaux synthétiques pour les résines de Niki de Saint-Phalle. Donc c’est un gros projet, très intéressant et très riche en collaborations. 

Après, d’un point de vue plus émotionnel, il y a une partie touchante de travailler sur des objets qui ont une histoire et notamment des objets qui ont appartenu à des gens. Je pense, par exemple, à une intervention récente que j’ai faite dans le cadre de la réouverture d’un musée à Besançon, le Musée de la Résistance. J’ai travaillé sur des objets qui ont appartenu, soit à des gens qui revenaient des camps de concentration ou à des soldats qui, malheureusement étaient décédés pendant les conflits. Notamment, je pense à un casque qui avait été transpercé par un éclat d’obus et cela avait coûté la vie à son porteur. Voilà, ce sont des objets qui ont des histoires, des contextes parfois un peu tragiques, mais parfois heureux aussi. Donc, c’est assez intéressant.

En fait, un objet, il existe en lui même, mais il a aussi tout un parcours qui est très important et qui fait partie de son histoire. Ce sont des choses que nous veillons vraiment à conserver au maximum. Je pense notamment aux objets qui ont une pratique, par exemple les ex-voto qui sont des pratiques populaires religieuses ou des objets d’usage. Ce sont vraiment des choses qui m’intéressent et sur lesquelles j’apprécie d’intervenir.

Les projets qui sont les plus stimulants et les plus intéressants en termes professionnels, sont ceux où l’on peut utiliser la palette de compétences qu’on a, notamment les possibilités de conseil, la formation.

L’accompagnement sur le long terme d’un musée, est un projet vraiment intéressant parce qu’on a vraiment la sensation d’une utilité. Il y a une notion de bien public dans les collections que nous traitons, puisque ce sont des collections qui appartiennent à tout le monde. C’est une chance de pouvoir valoriser un bien commun, de pouvoir l’accompagner au mieux et de mettre notre formation et notre expérience à son service.

Souvent, nous sommes assez sollicités parce que c’est un métier qui attire des gens d’horizons assez différents, justement parce qu’ils s’adressent à des profils un petit peu mixtes. Nous avons souvent la possibilité et la chance de pouvoir travailler, avec des stagiaires ou des jeunes diplômés, avec des parcours très variés et très riches. C’est aussi une partie très intéressante du métier.

J’ai eu la chance d’avoir travaillé à l’étranger, notamment en Allemagne et en Italie, et d’avoir pu observer les organisations de musées à l’international, par le biais de convoiements. Et on se rend compte qu’on a beaucoup de chance en France, car c’est un pays qui investit quand même beaucoup dans la culture.

Le système de marché public, peut certes être lourd au niveau administratif au quotidien pour les entreprises de petite taille comme la nôtre, mais il permet la transparence de l’usage des fonds publics. C’est une chose dont nous pouvons être fiers.

Et il y a aussi des formations, qui sont vraiment qualitatives, dans lesquelles l’État investit beaucoup. Dans ma formation, nous étions deux dans ma spécialité et dans ma promo, ils n’ont diplômé que 20 personnes. Ce sont vraiment des formations d’excellence, qui sont quasiment uniques au niveau mondial, dans le sens où dans la majorité des autres pays, comme les pays anglo-saxons, ce sont plutôt des formations universitaires, qui sont beaucoup moins spécifiques et beaucoup moins spécialisées.

C’est une chance que nous avons et il faut faire en sorte que cela le reste. 

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  6. Isabelle Berthé, sophrologue
  7. Gilles Bösiger, expert comptable
  8. Debora Farji Haguet, interprète traductrice
  9. François-Xavier David, mandataire judiciaire à la protection des majeurs
  10. Patrick Prigent, administrateur judiciaire
  11. Valérie Meunier, docteur spécialiste en ophtalmologie vétérinaire
  12. Clara Huynh, conservatrice-restauratrice en patrimoine métallique

 

Nature Digitalecalendar21 Sep 2022

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