3 questions à Arnaud Lizop, avocat à Paris, fondateur d’Avocap
Arnaud Lizop, avocat à Paris, nous partage les raisons qui l’ont fait choisir son métier, des temps forts de son quotidien et ses projets pour l’avenir.
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Avocat et fondateur d’Avocap, Arnaud Lizop revient sur son parcours et sa vision d’une profession libérale en mutation. De la pédagogie à la mutualisation, il défend une conviction forte : les avocats doivent apprendre à travailler « indépendants, ensemble ». Il évoque également l’impact de l’intelligence artificielle sur l’accès au droit, les enjeux déontologiques et les projets qu’il développe aujourd’hui. Un témoignage éclairant sur l’avenir du métier d’avocat.
Entrevue filmée dans le cadre de notre série d’interviews 3 questions pour un professionnel libéral :
- Quelles sont les raisons de votre engagement dans la profession libérale choisie ?
- Quel est votre meilleur souvenir, une émotion forte de votre exercice professionnel ?
- Quel projet professionnel, quel développement nourrissez-vous aujourd’hui ?
Les professions libérales, ce sont les métiers de la vie, des professions à impact qui accompagnent les particuliers et les entreprises au quotidien avec proximité et humanité, de la naissance à la fin de leur existence, dans leurs réussites comme dans leurs difficultés.
Voir la vidéo portrait d’Arnaud Lizop :
Transcription de l’entrevue
Quelles sont les raisons de votre engagement dans la profession libérale choisie ?
Tout d’abord, j’étais enseignant et c’est ma première casquette. J’étais assistant à Paris 2 et à l’Université de Sceaux, ainsi qu’à l’Institut International d’Administration publique qui forme des hauts fonctionnaires étrangers. C’étaient des expériences qui me passionnaient, littéralement.
Ma première orientation, c’était véritablement l’enseignement. C’est d’ailleurs quelque chose qu’on n’abandonne jamais tout à fait, parce que même en étant avocat, il y a une dimension didactique et pédagogique qui me semble très importante, aussi bien à l’égard des confrères d’ailleurs que des clients.
Et puis ensuite, il y a l’activité d’avocat proprement dit. Et mon activité d’avocat s’est déroulée autour de deux axes principaux. Le premier, c’est une activité à l’étranger, auprès notamment d’administrations publiques ou d’État, principalement dans le domaine constitutionnel ou en ce qui concerne des privatisations ou des renégociations de dettes d’État.
Et puis, parallèlement, l’activité que j’ai développée en France a tout de suite été orientée autour de la mutualisation des services et du développement de pratiques orientées autour de l’abonnement, afin de sécuriser les revenus du cabinet.
Pendant longtemps, j’ai exercé seul avec un collaborateur et mon activité se déroulait essentiellement à l’étranger. Et puis, à un moment donné, j’ai réalisé que le monde changeait rapidement et que pour avancer, il fallait à tout prix ne pas être seul.
Pour être vous-même, vous devez être ensemble, mais vous ne pourrez pas vous développer seul. Donc, il faut apprendre à travailler ensemble. C’est un premier point qui est très important.
Le second point, c’est d’arriver à articuler une compétence très spécialisée, une compétence de niche, la plus spécialisée possible, avec une vision d’ensemble de la société et du rôle de l’avocat dans la société.
C’était très important. Mais en même temps, il fallait concilier le fait de ne pas être seul avec ce besoin farouche d’indépendance qu’ont les avocats, ce qui est tout à fait naturel et qui est une partie de leur qualité, de ce qu’ils peuvent apporter aux autres. Et c’est comme cela qu’on en est arrivé à élaborer le concept d’avocat qui consiste à être « indépendants, ensemble ».
J’étais très conscient du caractère aléatoire de la profession, d’une part, du rôle important qu’ont les charges, qui sont croissantes dans le chiffre d’affaires que réalise un avocat.
Pour palier les inconvénients de ces aléas, il m’a semblé important de sécuriser et de laisser les revenus, d’une part en mutualisant les charges et d’autre part, en développant une politique d’abonnement auprès de nos clients.
Et depuis, nous avons développé cette dimension de mutualisation et d’abonnement qui aujourd’hui prend une tournure particulière avec l’arrivée massive et très rapide de l’intelligence artificielle à travers un programme que nous développons au sein d’Avocap et qui s’appelle DAD.
« DAD », ça veut dire le droit au droit. Le droit au droit, ça consiste à mettre en place le procédé suivant : dans un premier temps, nous identifions un panel précis d’activités, dans un deuxième temps, nous sourçons les data correspondant à ce segment.
Dans un troisième temps, nous travaillons avec des développeurs de très haut niveau, qui sont des polytechniciens ou des enseignants à l’Ecole Normale Sup, qui mettent en place les algorithmes et l’intelligence artificielle dont nous avons besoin. Et puis, dans un quatrième temps, l’intelligence artificielle qui est ainsi élaborée nous permet de diffuser des contrats d’assistance juridique à des prix absolument cassés.
C’est l’articulation entre l’intelligence artificielle d’une part, et d’autre part, la déontologie, l’éthique et l’attention particulière que les avocats peuvent porter aux questions qui leur sont soumises. Le fil rouge, si je puis dire, qui réunit ces divers aspects, c’est véritablement une attention particulière portée à l’intérêt général, qui, traditionnellement, se traduisait à travers la politique, à l’action politique, mais l’action politique institutionnelle semble avoir un peu moins de prise sur l’évolution de la société, sur la réalité de ce que vivent les gens à l’heure actuelle. Et je pense que c’est par d’autres initiatives que l’on peut répondre à cette attente.
Et bien évidemment, la profession d’avocat me semble être au cœur de cette évolution. Les avocats doivent apprendre à travailler ensemble et non plus à travailler les uns contre les autres, comme ça a été le cas un peu historiquement.
C’est une mutation très importante qui suppose une inversion des perspectives, mais qui, à terme, doit être une source d’enrichissement et d’énergie considérable. C’est également cette mutualisation et cet échange qui nous permet, au sein d’Avocap, de dégager une part d’énergie et une part de ressources pour aller vers des opérations extérieures.
C’est comme cela que nous avons, pendant 10 ans, développé un cabinet à Bruxelles. Nous avons eu une antenne à un moment donné à Lisbonne et aujourd’hui encore, nous nous développons considérablement vers l’Afrique à travers Avocats de Dakar.
Quel est votre meilleur souvenir, une émotion forte de votre exercice professionnel ?
Des rencontres avec certains de mes professeurs et certains de nos confrères. Et je voudrais en citer trois, peut-être, parmi les professeurs : le doyen Vedele, qui m’a énormément inspiré et aidé, Dominique Rousseau, qui est un de mes amis, professeur de droit constitutionnel et qui accompagne notre démarche.
Et puis, parmi les confrères, je voudrais en citer deux. Le premier, c’est le bâtonnier Claude Lussan, qui a pour moi été une source d’inspiration et un exemple, ainsi que le bâtonnier Basile Ader.
L’un et l’autre m’ont beaucoup apporté à travers les échanges que j’ai pu avoir et j’ai essayé de prolonger ces échanges en exerçant pendant six ans un mandat au sein du Conseil National des Barreaux.
Quel projet professionnel, quel développement nourrissez vous aujourd’hui ?
Le premier, c’est Nacamal, un voilier géré un petit peu selon les mêmes principes qu’Avocap, c’est-à-dire une sorte de gestion mutualisée du bateau, parce que je pense que la navigation est une école extrêmement importante de formation qui, pour moi, a été très importante.
J’ai rallié Tahiti à Rio par le Cap Horn. C’est une expérience qui, pour moi, était très marquante et qui m’a beaucoup accompagné et servi par la suite.
Et puis, la deuxième expérience concrète que nous développons en ce moment, c’est d’Avocap hors les murs.
« Avocap hors les murs », ça consiste à investir un lieu particulier afin que les avocats, à l’inverse de ce que nous avons fait à Paris, puissent venir s’installer, passer quelques jours, se ressourcer, travailler sur un dossier, organiser une conférence, préparer une formation, relire les épreuves d’un livre ou simplement se changer les idées en étant dans un contexte extrêmement privilégié.
C’est quelque chose qui est une inspiration très diluée et à toute petite échelle de ce qui est peut-être la Villa Médicis, voilà ce sur quoi on est en train de travailler en ce moment.
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Les interviews de la Chaîne YouTube
Nos professions libérales exercent des métiers à impact, ces vidéos mettent en relief la contribution de chacun dans le monde que nous avons envie de construire ensemble pour qu’il dure.
Retrouvez sur notre chaîne YouTube toutes nos vidéos :
- Marie Christine Barbotin, chirurgien-dentiste
- Emira Zaag, architecte
- Antoine Feuvrier, huissier de justice
- Gérald Coutaye Caroumbin, ostéopathe kinésithérapeute
- Arthur Clément, médecin biologiste
- Isabelle Berthé, sophrologue
- Gilles Bösiger, expert comptable
- Debora Farji Haguet, interprète traductrice
- François-Xavier David, mandataire judiciaire à la protection des majeurs
- Patrick Prigent, administrateur judiciaire
- Valérie Meunier, docteur spécialiste en ophtalmologie vétérinaire
- Clara Huynh, conservatrice-restauratrice en patrimoine métallique
- Jean-Charles Nicollet, conseil en propriété intellectuelle
- Tiffany Serna, ergothérapeute
- Etienne Huguet, économiste de la construction
- Fanny Bon, architecte intérieur
- Guillaume Géneau, géomètre expert
- Aurélie Lebrasseur, diététicienne-nutritionniste
- Richard Fourdrinoy, éducateur sportif
- Alain Toledano, médecin cancérologue
- Stéphane Pellerin, facilitateur de mise en synergie des dynamiques territoriales
- Marc Mortelmans, journaliste et podcasteur




